C’est l’histoire d’une maison… ou ode à Glen Coe

skye

C’est un petit cottage comme on en croise dans les Highlands, bas, aux formes simples, tout de blanc et de noir vêtu. Les murs sont épais et les ouvertures fonctionnelles. Il faut se protéger. Il est seul parmi les moutons et les hordes de touristes venus le voir « en vrai ». C’est qu’il a un paquet de clichés à son actif. Lui et la montagne contre laquelle il se love. Il a un doux nom gaélique que seuls quelques happy few sont en mesure de prononcer : Achnambeithach cottage…

Si vous êtes amoureux de l’Écosse, si vous êtes un Instagramer invétéré – ou pire, les deux en même temps ^^ – vous le connaissez bien ; très bien…

GLEN COE, VOUS CONNAISSEZ ?

Nous sommes à Glen Coe et ce cottage n’est pas la seule star des lieux. Il n’a pas non plus l’apanage du nom le plus compliqué. Dans le dos de chaque photographe venu lui tirer le portrait se trouve le petit Loch Achriochtan. Il a lui aussi son lot de fans – ils sont bien souvent les mêmes. Si vous êtes amoureux de l’Écosse, si vous êtes un Instagramer invétéré – ou pire, les deux en même temps – vous le connaissez bien ; très bien… ^^ (hum !)

Que devrais-je dire de Glen Coe dans son intégralité, vallée glaciaire épique connue et reconnue de tous ? Ce petit bout d’Highlands que tant de cinéastes ont convoité, que tant d’admirateurs rêvent de fouler ? Comment lui reprocher sa popularité ? Glen Coe, c’est l’Écosse sauvage et tourmentée telle qu’on se l’imagine. Telle que je me l’imaginais. Et bien que ma vision de ce pays se soit précisée aujourd’hui (non, les grandes étendues d’Écosse ne sont pas sauvages, l’Homme y ici est – malheureusement comme partout – pour beaucoup), Glen Coe reste l’un de ces bouts d’Écosse qui me fait chavirer instantanément. Qui en fait chavirer plus d’un…

Glencoe, le village, se trouve non loin de là, sur les rives du chaleureux Loch Leven. Mais jusqu’au 18e siècle la vallée était bien plus peuplée. Des crues meurtrières ont eu raison des habitants. C’est que la morphologie des lieux est assez spécifique. Glen Coe signifierait « vallée étroite » et elle porte bien son nom. Il suffit de rouler sur cette section de l’A82 et de traverser « the Pass » pour s’en rendre compte.

Un ruisseau nerveux ayant creusé un lit par endroits profond mais peu large cerné de reliefs aux pentes raides, où la roche affleure partout et où la végétation est très rase : comment les lieux pourraient-ils absorber des pluies violentes et abondantes ? La combinaison est détonante. En août 2011, alors que je mettais les pieds pour la première fois dans cet endroit sous un vrai déluge, je me faisais cette réflexion que les montagnes semblaient saigner cette eau qui tombait du ciel et qui avait creusé, depuis des siècles et des siècles, de vraies tranchées sur leurs flans.

LA SOMBRE HISTOIRE DE LA VALLÉE : LE MASSACRE DE GLENCOE

Ces inondations du 18e siècle, c’est l’un des drames de Glen Coe. Un autre, bien plus connu et relaté, est nommé « Massacre de Glencoe ». Il remonte à 1692. Le roi d’Angleterre propose aux clans s’étant insurgés contre la Couronne durant les Révoltes Jacobites d’oublier leurs actes passés s’ils acceptent de prêter serment d’allégeance avant le 1er janvier.

Le clan des MacDonald vivait alors sur ces terres. Réputés être des voleurs de bétail, ils sont aussi en conflit depuis près de deux siècles avec les Campbell du Loch Awe et de Glen Lyon. For some reasons comme ils disent ici, le chef du clan des MacDonald va prêter serment trop tard. Un clan à mauvaise réputation sans trop de soutiens qui pourraient amener à des débordements, quoi de mieux pour la Couronne d’Angleterre qui cherche de quoi faire un exemple…

Le Massacre de Glen Coe, c’est les troupes royales qui débarquent par un beau matin de février pour décimer 70 têtes du clan, un important nombre de MacDonald partis se cacher dans les montagnes et finalement morts de froids et, surtout, c’est le mythe – les historiens ont montré que cette interprétation était réductrice – d’un règlement de compte entre clans : les troupes royales étaient en effet dirigées par un Campbell de Glen Lyon. L’ignominie du Massacre de Glen Coe, dans les mémoires, c’est avant tout des soldats assassinant ceux qui leur ont offert l’hospitalité et ça, ça ne se fait pas…*

* Ça ne vous évoque pas un truc ?

DES PAYSAGES À COUPER LE SOUFFLE

Aujourd’hui la vallée et les montagnes qui l’entourent sont un ravissement tout autant qu’un challenge pour les randonneurs, grimpeurs, escaladeurs, VTTeurs (oups !) en tous genres. Au nord, le « scrambling horizontal* » de Aonach Eagach est dit être le plus ardu d’Écosse si l’on excepte les îles et notamment Skye. Au Sud-Est, Buachaille Etive Mòr, gardien des lieux, offre à quiconque en réalise l’ascension des vues exceptionnelles sur Rannoch Moor, vaste étendue plate et humide, lande désolée tout aussi majestueuse que les montagnes voisines. Depuis Buachaille Etive Beag, vous pourrez admirer Glen Etive, petit frère souvent oublié de Glen Coe (mais d’une rare beauté également).

Et puis il y a Bidean nam Bian… Important massif montagneux dont le principal sommet – le plus haut de Glen Coe – reste caché au promeneur de la vallée. Son ascension se fait depuis la Vallée Perdue et, une fois en haut, c’est toute la complexité de ces reliefs qui vous apparaît. De ce massif, vous connaissez nécessairement ses trois célèbres contreforts. Un petit effort, vous voyez de quoi je parle… oui, ce sont les Three Sisters !

Pas moins de deux parkings sont aménagés le long de l’A82 pour permettre à chaque passant de s’arrêter prendre la photo qui va bien parce que pour le coup, les Three Sisters, c’est LE cliché de la vallée. Il n’y a qu’à observer la ronde des bus touristiques pour comprendre le phénomène. Il faut dire que la route, en balcon à cet endroit, crée un véritable amphithéâtre au cœur duquel toute la puissance de ces montagnes peut s’exprimer.

Si vous êtes amoureux de l’Écosse, si vous êtes un Instagramer invétéré… bref

* Aaah ! Le scrambling ! Je vous en parlais dans un précédent article, c’est quand on ne marche plus vraiment mais qu’on peut s’en sortir sans harnais et mousquetons ^^. Il est ici dit « horizontal » car il s’agit d’évoluer sur la ligne de crête de la chaîne montagneuse. Plus d’informations ici.

ME SUIS-JE ÉGARÉE ?

Oui, je sais, c’était l’histoire d’une maison… C’était surtout l’histoire d’un lieu, un voyage dans le temps.

On se plaît aujourd’hui à se promener dans cet endroit qui tour à tour prend des airs de paradis ou d’enfer selon que les éléments ont décidé de se déchaîner ou de laisser à la vallée un répit bien mérité ; on le sent, les lieux portent une charge émotionnelle d’autant plus forte qu’on en connaît le passé. Le savez-vous ? Quand vous parcourez Glen Coe, le voyez-vous ? Le volcan… Il est partout, gigantesque, un stratovolcan couvrant le Sud de la vallée depuis Buachaille Etive Mòr jusqu’au-delà le Loch Achtriochtan, un monstre crachant de la lave en de multiples endroits.

Un autre pan de l’histoire des lieux. Une part de leur force indéniablement. L’une des raisons pour lesquelles le sublime – cette beauté vertigineuse, cette sensation que l’on ressent face à la grandeur – s’exprime ici de manière primale. Glen Coe prend aux tripes quiconque s’y aventure plus de quelques minutes et mérite bien mieux qu’une pause selfie devant les Three Sisters…

J’y suis venue souvent, l’ai évoqué sur ce blog dans bien des articles consacrés à mes voyages mais jamais je n’avais pris le temps de conter ce lieu, sa complexité et sa beauté. Voilà, c’est fait.

Avant de vous quitter… cette montagne au pied de laquelle se trouvent le loch Achtriochtan et Achnambeithach cottage se nomme Aonach Dubh… qui tente de prononcer tout ça ? 😀


ET QUELQUES INFORMATIONS UTILES AUSSI :

  • Glencoe est un village, Glen Coe est la vallée formée par la rivière Coe ; mais vous trouverez indéfiniment Glen Coe ou Glencoe pour parler de ladite vallée.
  • C’est à 2h environ de Glasgow et à 1/2h de Fort William – sur la sublime route A82.
  • Le village est petit, il y a une supérette, de quoi faire le plein d’essence, un café ou deux mais attention aux prix et aux horaires !
  • Il y a pas mal d’hébergements sur place, beaucoup se trouvent sur « l’ancienne route » qui menait au village. Parmi les plus connus je citerai le Red Squirrel Campsite ou le Clachaig Inn (qui fait aussi pub). Il y a également deux auberges remplies de randonneurs ! Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive.
  • Le site Internet local : http://www.glencoescotland.com/
  • Une grande partie de la vallée est gérée par le National Trust for Scotland. Il y a un Visitor Centre qui vous explique l’histoire des lieux (où vous saurez tout sur le volcanisme à Glen Coe). Toutes les informations ici : http://www.nts.org.uk/Property/Glencoe-and-Dalness/
  • Marcher dans le coin ? Des randonnées de tous niveaux ici : http://www.walkhighlands.co.uk/fortwilliam/glencoe.shtml

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