Hinterland // quand l’art investit une friche moderniste…

HINTERLAND

Hinterland… Le nom avait de quoi interloquer la Frenchie que je suis. L’hinterland, en Anglais, c’est l’arrière-pays. Mais c’est aussi ce qui est au-delà du visible, du connu. Et après mon expérience de mercredi soir, je le comprends bien mieux, ce mot ! J’ai en effet eu la chance de pouvoir visiter St Peter’s Seminary, colosse de béton situé dans les bois de Cardross, pour l’évènement de lancement du Festival de l’Architecture 2016. Je vous emmène…

Saint Peter’s seminary et le modernisme

Le Mouvement Moderne, en France, on le connaît. Il est incarné par Le Corbusier, André Wogensky ou Robert Mallet-Stevens pour ne citer que ceux-là. Il a tenu le haut du pavé après guerre, a eu ses fervents défenseurs mais aussi de farouches adversaires. Du béton et des matériaux nouveaux, des lignes pures et géométriques, une rationalisation du bâti mais également toute une philosophie hautement revendiquée de ce que devraient être la ville, la maison et l’Homme nouveau – la fameuse « table rase » du passé – l’idée n’était pas neuve mais prenait après 1945 une dimension toute particulière.

C’est dans cette émulation internationale que furent construits les nouveaux bâtiment de St Peter’s Seminary, les anciens ayant été détruits par un incendie. Ouvert en 1966, le nouveau séminaire était destiné à accueillir jusqu’à 100 prêtres en formation. Cela vous donne une petite idée de l’immensité des lieux ! C’est l’agence Gillespie, Kidd & Coia qui eut la charge de concevoir ce qui est aujourd’hui considéré, d’une part, comme leur pièce maîtresse et, d’autre part, comme l’un des principaux ensembles modernistes d’Écosse.

Fermé dans les années 1980 et depuis tombé en déréliction malgré une protection due à son intérêt historique et architectural – il est listé « catégorie A », ce qui signifierait, en simplifiant, une protection Monuments historiques maximale en France – l’idée germe finalement d’une possible réhabilitation du site. Et pourquoi pas en un lieu culturel…

Hinterland

Hinterland, c’est dix jours d’ouverture au public pour un spectacle à la tombée de la nuit fait de sons et de lumières. L’évènement, conçu par l’agence NVA sous la direction artistique d’Angus Farquhar, marque la renaissance des lieux. Les travaux de réhabilitation débuteront prochainement. Autant vous dire que cela a été pris d’assaut et que tout très vite été sold out !

L’arrivée se fait dans les bois, dans un tunnel d’arbres, denses et bas, il fait noir et vous n’êtes éclairé que par des bâtons lumineux que l’on vous distribue à l’entrée. Tout est mis en scène, même la manière dont le bâtiment se dévoile peu à peu, d’abord à travers les branchages puis plus clairement, alors que vous êtes en contrebas et qu’un lourd auvent de béton aux couleurs passées vous domine subitement.

Puis vous entrez et tout devient couleurs et textures. Les projections de lumière révèlent des voutains de béton et des murs tagués durant les années d’abandon, des couloirs, des volées d’escaliers dignes d’un vaisseau spatial, des pleins et des vides. Vous n’avez aucune idée de l’endroit précis où vous vous trouvez, n’avez aucune conscience de l’entièreté de lieux. C’est une immense sculpture de béton plus qu’un bâtiment. Il faut attendre la seconde partie de la visite – une fois que vous êtes ressorti et pouvez prendre un peu de recul pour embrasser d’un regard, depuis la cour intérieure, toute la complexité du bâti – pour comprendre ce que vous venez de traverser !

Le festival d’architecture 2016 et l’année de l’innovation, de l’architecture et du design en Ecosse

Si Hinterland marque la renaissance des lieux, il inaugure également le Festival d’Architecture 2016, évènement majeur qui se tiendra dans toute l’Écosse dans le cadre de l’année de l’Innovation, de l’Architecture et du Design. L’idée est de célébrer l’inventivité de l’Écosse, tant dans son histoire – vous n’avez pas idée de tout ce qui, dans notre quotidien aujourd’hui, a germé initialement dans la tête d’un Scot – que dans son actualité. Et c’est tout l’intérêt de la thématique : lier histoire et développements futurs.

Le programme est dense et diversifié. Expositions, évènements, balades, conférences… j’avoue ne pas encore en avoir fait tout le tour, mais j’ai déjà un paquet d’alertes et de mémos qui traînent un peu partout ! Vendredi prochain, par exemple, il y a une conférence bien intéressante à Édimbourg sur les villes utopiques, il y aura régulièrement des visites guidées de lieux méconnus dans Glasgow, comme le Pollokshaws Burgh Hall ou des explorations urbaines (j’adore le concept !). L’art n’est pas en reste… de la poésie ça vous dit ? Il sera même possible de s’exercer à la construction traditionnelle !

Bref, tout cela pour vous donner une idée de mon état d’esprit quand je pense à cette année : trop de choses à faire et pas assez de temps !!!! Aaahhh !!! Dans tous les cas, si vous avez prévu de venir en Écosse en 2016, jetez un coup d’œil sur le programme du festival, cela pourrait être l’occasion de découvrir le pays d’une manière différente, plus atypique et vivante. Et pour ne rien gâcher, bon nombre d’évènements sont gratuits.

J’aurai, n’en doutez pas, largement l’occasion de vous reparler de tout ça tout au long de l’année. De belles choses sont à venir !


AVANT DE VOUS QUITTER, SI VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS :
  • Le programme du Festival de l’Architecture 2016 est ici sur le site dédié au festival
  • Plus d’informations sur l’année de l’Innovation, de l’Architecture et du Design sur le site de VisitScotland
  • Les détails de la future réhabilitation de St Peter’s Seminary sont sur le site de NVA

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