Si Alice avait suivi le lapin blanc ici…

Finnich Glen

…le monde étrange dans lequel elle serait tombée aurait été froid, humide et un tantinet effrayant (oui, d’accord, d’un certain point de vue il l’était déjà). Je le conçois, le titre de l’article peut vous laisser perplexe… Non, je n’ai fini par craquer et me laisser submerger par le côté obscur du pays des Scots. Non, je n’ai pas dans l’idée de me plaindre du temps ici – j’en profite pour le crier une nouvelle fois haut et fort : le soleil n’est pas une créature mythologique pour les Écossais – non, je n’en ai pas marre de l’hiver. Alors quoi ?

Alors je l’avoue, j’ai cherché les ennuis et suis allée patauger dans une rivière… Pas vraiment intelligent quand j’y repense, mais sur le coup c’était vraiment tentant ! Nous sommes fin février et J. et moi prenons la direction de Finnich Glen dans les Trossachs, que les cinéphiles auront vu dans L’Aigle de la Neuvième Légion ou les nombreux fans de la série dans Outlander. D’accord, je n’ai vu ni l’un ni l’autre ! Toujours est-il que ce petit glen a ce quelque chose d’habité que l’on trouve dans bien des coins d’Écosse. Vous m’y suivez* ?

* Attention, cet article peut effrayer les âmes sensibles

Le nom « glen » – vallée dans le patois local – est ici trompeur. Sur la partie qui nous intéresse il s’agit plus de gorges, profondes d’une vingtaine de mètres maximum, et creusées dans le grès rouge par la rivière Carnock. À certains endroits, ces gorges ne font pas plus de 5 mètres de large. Ça vous donne une idée des lieux : c’est confiné, intime et y descendre vous plonge dans un autre monde. Parce que oui, on y descend, ou l’on y entre, c’est au choix*.

La balade débute sur les hauteurs. L’entrée est plutôt confidentielle et le chemin peu visible mais il y a sur le bord de la route de quoi garer une voiture ou deux. Une pierre puis deux en guide d’escalier, passage sur de vieux barbelés et nous voilà dans la forêt, prêts à en découdre avec les éléments. Car il a plu récemment et le sol est spongieux (ceux qui ont déjà marché en Écosse voient bien de quoi je parle, de ces moments où la terre semble vouloir arracher vos chaussures de vos pieds avec ce son de succion si caractéristique…), mais la journée est belle et le doux soleil d’hiver émerge à l’horizon.

* Voir en fin d’article « comment y accède-t-on ? »

Nous atteignons les fameux escaliers victoriens. Surnommés « Jacob’s Ladder » ou « Devil’s Staircase », ils sont vermoulus, usés jusqu’à la moelle par des myriades d’aventuriers venus, depuis 200 ans, braver les lieux. Pentus et étroits, ils sont un rite de passage, une porte vers un ailleurs ; on s’y engouffre plus qu’on ne les emprunte.

On ne voit qu’au dernier moment ce vers quoi on s’est lancé. Les escaliers font alors place à un petit promontoire, véritable balcon ajoutant à la mise en scène des lieux : autour de nous tout n’est que parois rocheuses. Là où nous nous trouvons le glen est plus large mais de part et d’autre la rivière vient et file dans des sections plus étroites.

Dans des temps plus reculés, Finnish Glen se nommait Ashdow – ou « eaux noires » – et sur certaines cartes vous pouvez continuer à trouver mentionné cet autre nom : Ashdhu. En y descendant on se rend vite compte que les eaux de la rivière, loin d’être noires, tendent plutôt vers le rouge. Cela est dû à la roche dans laquelle Carnock Burn a creusé son lit, le grès rouge, qui continue à s’éroder et à déposer des particules. Sur les parois et les arbres, tout autour de nous, des mousses ont poussé, vertes et denses. Frisson. Le contraste des couleurs est saisissant et toutes sortes d’histoires me traversent alors l’esprit, qui parlent de magie, de revenants et de pratiques douteuses.

Car les lieux ont leur lot de légendes – ce qui n’est en rien étonnant – et l’une d’entre elle voudrait que les femmes soupçonnées de sorcellerie au moyen-âge y auraient été jetées depuis le haut des falaises. Les rescapées – sorcières avérées – auraient été tuées sur le champ. Quant à celles qui y auraient perdu la vie, elles auraient été blanchies de tous soupçons. Cela laisse songeur n’est-ce pas ?

A quelques mètres de nous elle apparaît, subtilement éclairée à la faveur d’un nouvel élargissement des gorges, cette pierre qui a elle seule résume toute l’atmosphère des lieux : Devil’s Pulpit – la chaire du diable. L’eau de la rivière, tout en lui ayant donné cette forme particulière, semble l’avoir mystérieusement épargnée. C’est ici, dit-on, que le démon communiquait avec sont homologue bienfaisant.

Rien de plus tentant que d’aller y jeter un œil, d’autant plus que l’on sait que, derrière, se cache une succession de petites chutes d’eau. C’est là, à ce moment précis, que je fais l’expérience du froid et de l’humide. Du très froid en fait ! Parce que pour atteindre ladite pierre, ainsi que pour parcourir l’ensemble des gorges, il faut se jeter à l’eau…

Alors je suis comme ça, je fais des trucs pas très malins des fois. Je crois que l’on nomme ça curiosité (bouh, c’est vilain je sais !!!)… Finalement, le moment le plus froid a été quand il a fallu ressortir de l’eau, alors on a pataugé quelques temps. Si ça en valait la peine ? Si je le referais ?

Bien sûr que oui ^^ !


AVANT DE VOUS QUITTER, QUELQUES TRUCS QUI POURRAIENT ÊTRE UTILES…

Je ne suis pas du genre à vous materner vous qui lisez ce blog et pars du principe que chacun est responsable de sa propre sécurité mais, une fois n’est pas coutume, j’insisterai ici sur ce point : attention ! C’est un site ou être attentif aux endroits où l’on met les pieds est important. C’est haut, abrupt et glissant, et je parle là tout autant du sommet des gorges que des escaliers – très usés – y accédant. Par ailleurs, une fois dedans, veillez à ne pas vous retrouver bloqués : a priori les secours sont parfois amenés à y récupérer des personnes qui ne sont pas en mesure d’en ressortir. Oui, c’est petit, oui, c’est proche de la route, mais ça reste sauvage. Alors nous, bipèdes écervelés, restons humbles et respectueux ^^ !

Cela étant dit, comment y accède-t-on ? Le départ se fait depuis la route A809, 300 mètres environ au sud du croisement avec la B834. Il y a un endroit sur le bas-côté où garer sa voiture et le départ du « chemin » est de l’autre côté de la route. Veillez à rester au sud de la rivière. De là vous suivez les gorges sur leur partie supérieure pendant quelques centaines de mètres puis trouverez les escaliers. Si vous continuez encore vous redescendrez doucement jusqu’à atteindre la rivière, là où les gorges se terminent et laissent place à une large vallée. Ce sont les deux possibles accès.

Si vous avez le vertige, les escaliers risquent d’être un vrai calvaire pour vous, aussi déciderez-vous probablement de passer par l’entrée des gorges, au quel cas prévoyez soit des waders, soit du change car il vous faudra mettre les pieds dans l’eau.

Il est possible de combiner la balade dans le Glen avec un petit tour dans les Kilpatrick Hills pour voir l’intéressant Whangie, rocher aux formes assez particulières. C’est presque plat mais cela vous donnera de bonnes vues sur Ben Lomond et les montagnes adjacentes. Plus d’informations sur Walkhighlands.

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